• Marc Hani et Magued Michel – L’Université du Caire… enseignement ou aventure ?

    Publié le 7 mai 2014
    Marc Hani et Magued Michel

    De gauche à droite : Marc Hani et Magued Michel

    Magued Maurice et Marc Hani, étudiants en deuxième année à la filière francophone, décident de nous rédiger un article sur leur expérience à l’issue des derniers événements souvent tragiques à l’Université du Caire. Jeunes mais courageux, ils critiquent ouvertement les décisions du Président de l’Université du Caire.

    Quand la vie quotidienne d’un étudiant se transforme en cauchemar c’est vraiment un échec total. Cet échec n’est pas seulement lié à l’absence de sécurité, mais aussi à l’absence d’un système de gestion de crises. C’est ce que nous constatons à travers les déclarations successives de Gaber Gad Nassar, président de l’Université du Caire faisant suite à plusieurs événements dramatiques.

    Il a commencé son intervention téléphonique avec un rire animé et a félicité la présentatrice Sherihan Abu El Hosn pour son nouveau programme télévisé « Sett el Hosn » et aussi pour avoir abandonné la politique. On dirait qu’il a été invité pour commenter un sujet simple et habituel et non une tragédie et une catastrophe morale qui ne s’était jamais produite dans les universités les plus prestigieuses du Moyen-Orient. Puis il a continué en affirmant que la jeune victime cachait ses vêtements « inappropriés » sous un manteau ce qui lui a permis de passer le contrôle d’entrée de l’université, alors que les responsables de la sécurité ont l’ordre d’empêcher l’entrée de toute jeune fille habillée de manière impudique. C’est ainsi qu’est intervenu, son excellence, le président de l’Université du Caire, Gaber Gad Nassar, après l’incident de harcèlement sexuel collectif qui a eu lieu sans précédent sur le campus le 18 mars 2014. M. Nassar poursuit en se basant sur une vérité, pour lui absolue, selon laquelle la jeune fille est fautive. Il calme l’opinion publique en promettant d’interdire l’accès à l’université aux personnes portant des vêtements inappropriés, tout en concluant que ces jeunes hommes impliqués dans l’affaire seront de même punis. Le fait de mettre sur le même plan les coupables et la victime n’est plus acceptable, notamment de la part d’un professeur de droit.

     

    « Imaginons des étudiants qui sortent de leur maison chaque mercredi en espérant simplement y retourner sains et saufs. Ce n’est pas une atmosphère adaptée aux études. »

     

    Les déclarations du président de l’Université du Caire, précisément après des événements dramatiques, sont toujours choquantes pour les étudiants qui le considéraient comme l’une des figures importantes de la révolution du 25 janvier 2011. Après les événements tragiques du 2 avril 2014 et l’explosion de trois bombes devant notre université et la mort d’un des dirigeants du ministère de l’intérieur nous ne racontons plus l’horreur de nos parents en regardant la troisième bombe exploser « live » à la télévision. Nous avons vécu des moments angoissants en essayant de sortir de la faculté puis de l’université pour trouver un moyen de transport qui nous éloigne de cet enfer. Depuis le début du second semestre le campus universitaire s’est transformé en une arène de combats tous les mercredis. Imaginons des étudiants qui sortent de leur maison chaque mercredi en espérant simplement y retourner sains et saufs. Ce n’est pas une atmosphère adaptée aux études. En arrivant à la maison après cette aventure, et tout en attendant une réaction efficace de la haute direction de l’université, M. Nassar déclare quelques heures après les explosions, que ces actes terroristes n’entravent pas le processus éducatif et que les cours reprendront naturellement le lendemain. C’est une décision prise d’une tour d’ivoire, loin de la réalité politique et sécuritaire. L’absence de décision efficace de la part de la direction et une sous-estimation des conjonctures, poussent les étudiants à perdre toute confiance dans cette direction qui continue à défendre l’accomplissement du processus éducatif tout en négligeant la vie des étudiants dans ce processus.  Imaginons des étudiants qui sortent de leur maison chaque mercredi en espérant simplement y retourner sains et saufs. Ce n’est pas une atmosphère adaptée aux études.

    Aujourd’hui, après la décision du conseil des doyens présidé par son excellence du retour de la police sur le campus le 3 avril 2014, vers où allons-nous ? Est-ce que cette décision qu’ils voient « sage » va aboutir à la sécurité des étudiants ou à d’autres enjeux politiques ?