• Interview Ragui Assaad

    Publié le 2 juillet 2012

    Professeur de politique publique et chercheur associé à ERF, Ragui Assaad nous parle de la contribution du forum au développement de la recherche.

    Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre parcours?

    J’ai étudié la physique, puis le génie mécanique, puis l’urbanisme et, finalement, l’économie. Je suis depuis 22 ans professeur de politique publique à l’Université de Minnesota. Mais entre temps, j’ai été directeur régional du « Population Council » et je suis pour la plupart du temps présent en tant que chercheur associé à l’Economic Research Forum (ERF) auquel je suis associé depuis sa création en 1993.

     

    Pouvez-vous nous parler davantage de ce Forum?

    ERF est essentiellement un réseau d’économistes provenant de pays arabes, de l’Iran et de la Turquie. Le réseau comporte des personnes qui vivent dans la diaspora et qui sont originaires de cette région, mais aussi de personnes qui résident et travaillent en Egypte. L’objectif principal de ce Forum est de promouvoir le travail de la recherche économique, d’en améliorer la qualité, en vue de contribuer d’une manière ou d’une autre à la politique publique. Ce n’est donc pas censé être un « think tank », mais plutôt un organisme destiné à financer la recherche, à définir des sujets de recherche tels que l’intégration régionale, le marché du travail, l’inégalité, les ressources humaines, qui sont des sujets pertinents pour la région en ce moment. Cet organisme joue donc un rôle essentiel dans la promotion de la recherche par le financement, le support technique, le renforcement des capacités des jeunes chercheurs, et aussi dans la mise à disposition de ces recherches à tous les chercheurs.

    Quelles sont les contributions du forum à la recherche économique depuis la révolution?

    Le Forum a participé au dialogue national qui a eu lieu juste après la révolution. Ahmed Galal, directeur d’ERF, a organisé l’aspect économique du dialogue, les aspects économiques de la constitution ainsi que les droits économiques. En ce qui concerne la recherche économique, le Forum a contribué à deux activités importantes : le programme de recherches appelé « La transformation économique et politique dans la région » qui traite

    la politique économique de la transformation du printemps arabe, la politique économique de la transformation du printemps arabe, et un projet que je dirige moi-même et qui vise à réaliser une enquête sur le marché du travail en 2012.

    Comment voyez-vous le rôle de la Filière ?

    Je suis bien conscient de l’importance du rôle qu’a joué la Filière dans la formation de jeunes économistes qualifiés en Egypte notamment par les bourses que reçoivent ses jeunes diplômés pour accomplir des masters ou doctorats en France. Nous comptons ici au Forum trois anciens diplômés de la FESP, ce qui représente plus de la moitié de nos chercheurs. Nous travaillons aussi avec des chercheurs associés, et qui sont aussi des anciens diplômés. Je suis très fier des formations de la Filière et j’espère bien qu’elle continuera à former des jeunes économistes aussi qualifiés que ceux qui travaillent actuellement avec nous.

    Quels sont les projets futurs d’ERF?

    En observant la situation égyptienne actuelle, nous trouvons que de nombreux économistes donnent leurs avis et conseils au gouvernement mais sans avoir une base de recherche. Il n’existe pas vraiment dans la région d’institutions qui peuvent financer et encourager la recherche, mais plutôt des organisations qui demandent aux chercheurs de travailler sur certains thèmes spécifiques liés à leurs domaines, ce qui fait que ces travaux sont plus « des consultations », et non pas des travaux de recherche disponibles au public. Notre objectif essentiel pour le futur, est de contribuer aux recherches, qui constitueront « la base » de ces conseils.

    « Je suis très fier des formations de la Filière et j’espère qu’elle continuera à former des jeunes économistes aussi qualifiés que ceux qui travaillent actuellement avec nous. »

    Pouvez-vous nous parler de la situation économique actuelle en Egypte ?

    En observant la situation économique actuelle en Egypte, nous ne pouvons pas dire que la crise existante est de nature économique, mais plutôt de nature politique. Il faut donc d’abord rectifier la situation politique qui, éventuellement, redressera l’économie du pays. Si nous parlons du long terme, il faut préciser que le redressement de l’économie n’est pas seulement lié à la croissance car, pendant le régime de Moubarak, l’Egypte a réussi à atteindre un niveau assez élevé de croissance, mais il est lié au fait d’intégrer tout le peuple à contribuer à cette croissance. C’est-à-dire à travers un mode de croissance intensif en emploi et non pas seulement dépendant des rentes pétrolières ou des investissements arabes dans l’immobilier. Il est aussi primordial de mentionner que la politique économique ne doit pas être dominée par un groupe de personnes qui cherchent à s’enrichir. Si nous réussissons à travailler sur ces facteurs, nous pourrons facilement sortir de cette crise.

     Entretien réalisé par Perihan Mansour