• Habiba Hosni Ezz – Un futur prometteur pour l’éducation technique en Egypte

    Publié le 23 février 2016

    Habiba HosnyHabiba Hosni Ezz, diplômée de la filière en 2009. Elle commence sa carrière professionnelle dévouée à la promotion de l’éducation technique et professionnelle en Egypte qui d’après elle, changera le paysage économique et sociale de l’Egypte.

    Vous êtes diplômée du département de science politique de la filière en juillet 2009, qu’avez-vous fait par la suite ?

    J’ai commencé ma carrière professionnelle au lendemain de l’obtention de mon diplôme. Ainsi en 2009 j’ai travaillé pour deux ONG égyptiennes, « Masr El-Mahroussa » et « Arab Women Investors Union » respectivement en tant que chercheure et responsable du bureau des relations publiques. J’ai donc décidé d’ajourner un peu mes études supérieures parce que je suis convaincue que faire un master peut être plus efficace après une période de travail professionnel qui permet d’ouvrir l’horizon sur ce qu’on veut faire dans la vie. La recherche d’un travail était pour moi prioritaire et plus importante que la sélection d’un master. En 2010 j’ai fini par travailler au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), en tant qu’assistante au programme « gouvernance de l’eau ». Cela a été le véritable point de départ de ma carrière professionnelle dans le domaine du développement. Au bout d’un an et demi, j’étais prête à reprendre mes études et j’ai décidé de me spécialiser en politique publique en choisissant le Master professionnel « Action publique, action sociale, volet « Economies et sociétés » de l’Université Paris Ouest Nanterre. A mon retour en Egypte, j’ai repris ma carrière professionnelle en janvier 2014 en travaillant pour GIZ Egypt (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit), puis en octobre 2014 à Transparency International et actuellement je travaille pour l’Organisation internationale du Travail (OIT) mais également pour le PNUD.

    Depuis avril 2015 vous êtes consultante technique à l’Organisation internationale du travail (OIT), en quoi consiste votre travail?

    Je travaille au bureau régional de l’Afrique du Nord au Caire de l’OIT en tant que consultante pour le projet « Emplois appropriés pour les jeunes égyptiens ». Mon travail principal consiste à mettre en œuvre des politiques de lutte contre le chômage des jeunes telles que l’apprentissage, l’orientation professionnelle, le développement des milieux ruraux et urbains. Le projet englobe trois gouvernorats égyptiens (Port-Saïd, la Mer Rouge et Minya) et couvre trois secteurs économiques (l’industrie, le tourisme et l’agriculture). Actuellement, je suis en train de rédiger un rapport sur « les emplois et les compétences des personnes handicapées » en me focalisant sur le secteur des télécommunications internationales et du tourisme.

    « Le rapport 2015 est donc très attendu et se focalise sur la question de la justice sociale »

    Pouvez-vous nous parler de la nature de votre travail lors que vous étiez consultante technique à GIZ?

    A partir de janvier 2014, j’ai travaillé pour GIZ en tant que consultante technique. Cette expérience professionnelle a développé mon intérêt pour la question de l’employabilité des jeunes et le développement du secteur de l’éducation technique et professionnelle en Egypte. J’étais consultante sur un projet qui vise à formuler des pratiques et des politiques qui favorisent l’amélioration de l’employabilité des jeunes. J’étais également en charge de participer à l’élaboration de solutions innovantes et de fournir l’assistance au secteur de l’éducation technique en coopération avec le ministère de l’éducation et de l’enseignement égyptien. Le but principal du projet est de concevoir des politiques pour corriger le déséquilibre sur le marché du travail égyptien afin de d’améliorer l’employabilité des jeunes diplômés des écoles techniques et d’améliorer la performance de l’économie égyptienne, surtout à travers le suivi et l’évaluation. Grâce à la particularité des relations bilatérales entre l’Allemagne et l’Egypte j’ai pu explorer le domaine de l’éducation et l’apprentissage technique et professionnel en Égypte. Le résultat de cette coopération était formidable. Nous avons pu développer un système de gestion des données au Centre national du Développement des Ressources humaines. Actuellement, 176 écoles techniques accueillent 26000 élèves dans 28 gouvernorats égyptiens bénéficient de soutien de GIZ Egypt.

     

    Vous avez participé à la rédaction du rapport du PNUD sur « le développement humain en Egypte » pour l’année de 2015 qui paraîtra prochainement. Quels sont les principaux thèmes que vous avez abordés?

    Le rapport sur le développement humain est un rapport essentiel et crédible d’analyse de la situation du développement en Egypte et de proposition de recommandations pour le gouvernement. Le dernier rapport a été publié en 2010, avant les changements politiques et la révolution de 25 janvier 2011. Le rapport 2015 est donc très attendu et se focalise sur la question de la justice sociale. Il devrait paraître très prochainement. Je suis responsable de la rédaction de la section dédiée à l’éducation et l’apprentissage technique et professionnel tout en tenant compte de la question de la justice sociale. Ma préoccupation principale est d’éviter que l’éducation et la formation techniques ne permette d’aboutir à la justice sociale. Les jeunes diplômés de l’éducation technique pâtissent en général de salaires bas et d’un taux de chômage très élevé. Le rapport sur le développement humain permet de mettre l’accent sur l’importance de ce problème qui a été très longtemps négligé. J’ai donc essayé de fournir des recommandations qui sont récemment discutées sur la scène égyptienne telles que le développement d’une stratégie nationale pour l’éducation technique, la création d’une université couvrant des spécialités qui préparent les jeunes à acquérir des qualifications leur permettant de répondre aux besoins du marché du travail. Pour donner plus de crédibilité à mon rapport j’ai évoqué des études de cas qui présentent des exemples de succès et d’efficacité.

    Vous avez également participé à la rédaction du rapport « Vision de l’Egypte 2030 » élaborée par le ministère de la planification durant l’année 2015 et qui paraîtra prochainement, pouvez-vous nous donner un aperçu général du rapport?

    La « Vision de l’Egypte 2030 » est un rapport qui définit la stratégie générale de l’Etat pour les 15 prochaines années dans le but de réaliser un progrès social, économique, et politique. Ce rapport est établi en coopération avec tous les ministères égyptiens. Il établit des objectifs à court et long termes. J’y ai participé en tant que jeune experte concernant l’axe de la justice sociale. Celle-ci se définit comme une société qui favorise le plus haut niveau d’intégration sociale, en mesure de garantir le droit des citoyens à la participation et à la distribution équitable des biens, protégées par les lois et les normes.

    En octobre 2015, vous avez été sélectionnée pour représenter l’Egypte au programme « International Visitor Leadership Program » aux Etats-Unis. Pouvez-vous nous décrire votre expérience?

    Le programme est conçu pour des leaders potentiels de différents pays du monde. 19 jeunes représentants 19 pays de tous les continents ont participé au programme ; je représentais l’Egypte. Le programme présente les expériences de politiques de développement les plus abouties dans cinq Etats fédérés des Etats-Unis. Cela m’a permis d’explorer de très près les facteurs de succès de l’engagement des jeunes et notamment la manière dont le bénévolat est enraciné dans la société à façon d’exploiter les énergies de la jeunesse. Nous avons appris également les différents niveaux de liaison entre les différentes d’autorités gouvernementales, le secteur privé et la société civile. Cela a été une expérience très riche dont je profiterais sans doute pour mieux élaborer ma vision et ma stratégie dans ma lutte pour la promotion de l’éducation technique et son rôle prometteur dans la société égyptienne.

     

    Entre novembre 2014 et avril 2015 vous avez travaillé pour Transparency International. En quoi cela a-t-il consisté ?

    Tout d’abord Transparency International est une organisation internationale prestigieuse qui a pour objectif de lutter contre la corruption à tous les niveaux publics et privés, administratifs et exécutifs. Son siège se trouve à Berlin mais elle a des représentants dans plus de 100 pays dans le monde. L’organisation aide à transmettre la voix des victimes de corruption en collaborant avec les gouvernements, les hommes d’affaires et les citoyens pour éviter les abus du pouvoir.

    Je considère que la corruption constitue un obstacle majeur au développent humain et qu’elle affecte notre vie à tous les niveaux notamment au niveau éducatif, mon principal centre d’intérêt. A Transparency International j’ai participé à l’élaboration de la stratégie générale de l’organisation qui sera établie en Egypte. Je prépare des projets innovants pour la lutte contre la corruption et j’analyse les effets négatifs de celle-ci sur notre vie quotidienne dans les secteurs public et privé.

    A l’occasion de la journée mondiale de la lutte contre la corruption, le gouvernement égyptien a joint la convention anti-corruption en 2014. Récemment le classement mondial de l’Egypte pour la lutte contre la corruption s’est amélioré. Comment évaluez-vous les politiques gouvernementales dans ce domaine? Quels progrès ont-ils été réalisés?

    L’Egypte a recueilli 37 points sur 100 à l’indice international de la lutte contre la corruption en 2014 et occupe le 94ème rang parmi 177 Etats. L’Egypte a gagné 5 points et a amélioré son classement en comparaison avec 2013 et 2014 où elle était classée respectivement 118è et 114è. Cela est dû à plusieurs facteurs. Les nouvelles politiques d’investissement adoptées par le gouvernement égyptien sont censées encourager les investissements étrangers et nationaux. La diffusion publique du budget de l’Etat 2014-2015 devrait permettre plus de transparence et la reconnaissance du droit des citoyens à avoir accès aux informations. Pourtant l’Egypte demeure l’un des pays les plus corrompus au monde ; la corruption reste très importante dans de nombreux domaines comme le gaspillage de ressources publiques, le blanchiment d’argent, l’absence de comptabilité, le clientélisme etc. A mon avis, la lutte contre la corruption dans les différentes articulations de l’Etat surtout l’appareil administratif est aussi importante que la lutte contre le terrorisme pour la sécurité du peuple égyptien et la stabilité de l’Etat pour attirer les investissements étrangers.

    « La filière m’a permis d’acquérir les compétences techniques nécessaires pour analyser les données économiques ou politiques et d’avoir une mentalité analytique et exploratrice »

    En 2011-2012 vous avez fait un Master 2 Professionnel « Public Action, Social Action », à l’Université Paris Ouest Nanterre ainsi qu’un stage à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et un stage à l’ambassade d’Egypte à Paris. Parlez-nous un peu de ce Master et de votre expérience de stage.

    Grâce au Master j’ai beaucoup appris sur les questions politiques telles que les politiques publiques, la prise de décision et les mouvements sociaux. Pour valider le Master je devais effectuer un stage. Et j’ai eu la chance d’en faire deux. Le premier au bureau culture et médias de l’Ambassade d’Egypte à Paris. Mon travail consistait à faciliter la communication entre les jeunes égyptiens résidant à Paris avec l’ambassade. Le second stage s’est déroulé à l’OCDE au secrétariat du bureau des relations internationales du Conseil Afrique du Nord et Moyen-Orient. Celui-ci développait à ce moment-là un projet de 24 dimensions de coopération possibles entre l’Union européenne et l’Egypte suivant la révolution du 25 janvier 2011. Ce projet traitait de très nombreuses dimensions notamment les taxes, le chômage, le commerce etc. J’ai eu la chance avec une autre collègue égyptienne de participer à la rédaction du rapport qui dresse les différentes possibilités de coopération entre les deux parties.

    Que retenez-vous de vos années d’études à la filière?

    La filière m’a permis d’acquérir les compétences techniques nécessaires pour analyser les données économiques ou politiques et d’avoir une mentalité analytique et exploratrice. Les cours de méthodologie de recherche ont été très utiles. J’y ai notamment appris à suivre une méthode claire et organisée dans mon travail afin d’arriver aux résultats souhaités.

    « Je souhaite créer un premier groupe de pression concernant la réforme de l’éducation technique »

    Vous êtes un membre actif du « projet national pour le développement de 50 villages », en quoi consiste-t-il?

    Ce projet national est sous la direction directe du président Al-Sissi. Il souhaite former les membres des familles les plus démunies à un métier technique qui les aidera à gagner leur vie et en même temps intégrer le cercle de la production nationale. Nous avons commencé en 2015 par le gouvernorat du Fayoum. Aujourd’hui le projet a défini les domaines d’intervention possibles en fonction d’études d’évaluation des besoins de chaque région. Nous avons déterminé des secteurs de développement potentiels comme la production agricole destinée à l’exportation, la fabrication de produits laitiers qui seraient produits et vendus localement dans le but de créer une véritable ville productive. En outre, je participe à des initiatives en coopération avec des coopératives agricoles à Assiout de développement de la chaine de production agro-alimentaire qui pourrait bénéficier aux personnes les plus démunies.

    Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans la vie?      

    Sur le plan personnel je médite attentivement tout détail de l’univers. Par exemple je me passionne pour l’astronomie, la philosophie, la religion. L’astronomie c’est comprendre l’univers, la philosophie c’est se comprendre soi, la religion c’est comprendre la relation entre soi et l’univers. Tout dépend de la manière dont on perçoit les choses. Sur le plan professionnel je suis actuellement fascinée par la valeur du travail et son importance. Cela est dû en partie au fait que je travaille beaucoup sur ce sujet.

    Comment souhaitez-vous évoluer? Quelle est votre perspective d’avenir ?

    Tout au long de mon travail, j’ai vu plusieurs projets naître. J’ai appris qu’avec insistance on peut réussir. Je souhaite créer un premier groupe de pression concernant la réforme de l’éducation technique. A mon avis c’est un projet de grande importance pour l’Egypte qui possède un grand potentiel de jeunes et une énorme force du travail qui mal exploités. J’ai débuté dans cette voie et j’ai rencontré des experts et des hauts fonctionnaires qui encouragent le projet et souhaitent en faire partie. Mais il faut encore un énorme travail pour regrouper ces gens et développer une stratégie. Ce qui échappe au développement en Egypte c’est le courage de changer. Je m’acharnerai jusqu’à voir mon objectif concrétisé.

    Entretien recueilli par Nahed AlaaEldin Shalan