• Choukri HMED « Les origines sociales de la révolution tunisienne entre l’événement historique et les structures sociales »

    Publié le 31 mars 2014

    A l’occasion de sa mission d’enseignement à la FESP dans le cadre du cours de développement politique, Choukri Hmed, maître de conférences à l’Université Paris-Dauphine, spécialiste de sociologie et mouvements sociaux, a donné une conférence, le mardi 18 mars 2014,  sur les origines de la révolution tunisienne. Sa présentation a été modérée par Nevine Mosaad, professeur de science poltiique  spécialiste des régimes politiques arabes à la Faculté d’économie et de Sciences politique de l’Université du Caire.

    A l’encontre de la plupart des travaux académiques qui ne présentent qu’une évolution chronologique et une description des événements de la révolution tunisienne, Choukri Hmed présente une analyse sociologique approfondie des faits, basée sur une enquête de terrain qui a aduré pour trois ans à Sidi Bouzid en Tunisie, fondée principalement sur des rencontres avec différents groupes (activistes révolutionnaires, syndicalistes, non-participants à la révolutions…).

    Dans son travail, il distingue trois étapes révolutionnaires : les intentions révolutionnaires, la révolution elle-même et les conséquences ou les résultats de la révolution.  Les difficultés économiques, la corruption et l’absence de liberté créent sur le long terme un sentiment de frustration et un désir de se révolter mais ne ne suffisent pas à engendrer une révolution. Il faut qu’existent des mécanismes permettant la transition d’une situation à l’autre. Dans le cas de la Tunisie, trois principaux éléments ont favorisé cette transition : la présence de groupes qui aspirent au changement, l’Union générale tunisienne pour le travail (UGTT) et l’existence d’un lien fort entre ces groupes et l’UGTT. Ces trois facteurs regroupés en plus des médias ont aidé à la politisation de l’incident de suicide de Mohamed Bouazizi, et la transformation en un vrai état de révolution.  

    Choukri Hmed réfute l’idée de spontanéité des révolutions. Une révolution ne peut résister et durer sans l’existence d’une infrastructure humaine forte capable d’interagir et de propager l’esprit de la révolution entre les différentes classes sociales et dans les différentes zones géographiques. Par ailleurs, il estime qu’il est rare de passer de la phase de la révolution à celle des résultats révolutionnaires où les fruits de la révolution commencent à se faire sentir.

    A l’issue de sa présentation, de nombreuses questions lui ont été posées, par des étudiants et par la modératrice, notamment sur les paradigmes théoriques convenables pour l’analyse de la révolution tunisienne, la question de la spontanéité d’une révolution, la nouvelle constitution tunisienne et sa conformité aux aspirations de la révolution, les droits de la femme dans la nouvelle constitution, la comparaison entre la constitution tunisienne et égyptienne en matière de droits de l’Homme et des libertés.